La Gruyère N°116
2 octobre 2004
-Concert piano-solo à la salle CO2 de Bulle-La Tour de Trême (Suisse), 29 septembre 2004 -

William Sheller
Comme une douce veillée entre amis
(par Eric Bulliard)



Seul au piano, William Sheller a enchanté la salle CO2, mercredi soir à La Tour-de-Trême. L’intimité de cette formule, l’humour et l’aisance de l’artiste ont donné l’impression s’assister à un concert privé, à une veillée entre amis.


On en sort avec le sentiment d’avoir été privilégié. Non seulement parce que le concert de William Sheller, mercredi soir sur la scène du CO2, à La Tour-de-Trême, était complet (et que les déçus ont donc dûs être nombreux), mais surtout parce que sa prestation, seul au piano, donne l’impression d’un spectacle privé. Comme si l’on se retrouvait à une veillée entre amis.
William Sheller parvient en effet à créer une étonnante intimité, une complicité avec les 800 spectateurs. Chacun se sent tout proche, à ses côtés. Avec un mélange de décontraction et d’humour. Il commence par se dire content d’être là, lui qui n’a pas donné de concert depuis trois mois. Avant de lancer : « Je vous emmène ».
Et c’est bien de cela qu’il s’agit : Sheller nous emmène en douceur dans son univers en donnant l’accès à sa création. Parce que toutes les chansons ont leur histoire, leurs anecdotes. Le piano devient un ami rencontré avec plaisir chaque jour. Les notes se muent en couleurs, composent des paysages, des personnages. Auteur-compositeur-interprète, William Sheller se révèle aussi conteur : Voici un enfant qui passe en chantant « Maman est folle », ou le souvenir de la voisine du dessus, la brave Yvonne et sa soupe aux poireaux, qui inspire Nicolas, l’un des temps forts du concert. Voilà un réveil dont le tic-tac donne le rythme des Mots qui viennent tout bas. Ou encore cet « horrible cauchemar » qui a débouché sur Oh ! j’cours tout seul.

Impressionnant répertoire

Ses souvenirs sont aussi ceux de tournées (Centre ville), et d’une carrière irréprochable, entre discrétion, exigence et succès public. William Sheller évoque ses débuts, parle d’une chanson qui date du temps où il se faisait « des brushings pour aller chez Guy Lux » à propos de Dans un vieux rock’n’roll. En un peu moins de deux heures, il visite ainsi son impressionnant répertoire, sans oublier les plus grands succès, à l’exception du premier, Rock’n’dollars, qui lui a valu, à ses débuts, une fausse étiquette de chanteur commercial.
En sa compagnie, on rencontre Les Filles de l’aurore, on feuillette Le Carnet à spirale (qui a clos son tour de chant), on joue au Basket-ball. On se promène dans ce monde aérien, avec un artiste qui se montre Fier et fou de vous, qui sème le bonheur au fil des notes tout en voulant être Un homme heureux (« Je n’allais quand même pas vous quitter sans la faire… » précise-t-il).

Retour à l’essentiel

Avec cet accompagnement minimal, certaines chansons prennent une autre résonnance, comme Les Machines absurdes. On redécouvre ainsi des titres que l’on croyait connaître, sous un autre jour, sans artifice. L’exceptionnel talent de musicien et de compositeur de Sheller, sa voix haut perchée font le reste : on se laisse charmer, en toute simplicité.
Le privilège, c’est aussi d’écouter pour la première fois de nouvelle chansons, à paraître sur un album annoncé pour la fin du mois. Certaines n’avaient jamais été jouées sur scène : Chanson d’automne, Mon Hôtel, et, surtout, Loulou, annoncent déjà un excellent cru.
Après avoir vécu ce concert, on comprend mieux pourquoi William revient régulièrement à cette formule solo. Avec une aisance remarquable (il a derrière lui près de trente ans de métier), il sait faire de cette fragilité une force. Un retour à l’essentiel, aux bases de la chanson qui, lorsqu’il est assuré avec une telle classe, ne peut que laisser admiratif.