Sud-Ouest
(édition de Charente-Maritime/La Rochelle)
24 novembre 1994
-concert avec orchestre du 22 novembre 1994 à La Coursive de La Rochelle-

La Coursive
Sheller, l'explorateur

(par Thomas Brosset)



Vingt ans qu'il chante, monsieur William ! Il se souvient du temps où il se faisait des brushing pour plaire à Guy Lux. Du temps du « très vieux rock’n’roll ». Il l'a interprétée, encore un fois, mardi soir à La Coursive, seul au piano, comme pour prouver qu'un rock peut se passer de basse, de guitare et de batterie. Sûr qu'il est aujourd'hui qu'une chanson douce peut aussi s'accomoder à la sauce lourde de l'électrique
Il a changé Sheller. Il change tout le temps. Musicien classique, rocker ou chanteur de récital, il n'est jamais le même. Il explore ses mélodies par toutes les voies. Forcément, il déroute et il aime ça. Il n'est jamais là où on l'attend. Son Carnet à spirale, il l'a entouré de cuivres, juste de cuivres; le Basket-ball de violons, violoncelles, guitare, batterie; L’homme heureux, juste d'une trompette jazzy aux côtés de son piano. Il a tout réinventé. Parfois il perd en émotions ce qu'il gagne en créativité musicale. On ne provoque pas les mêmes sensations quand on est seul ou entouré de vingt musiciens. Mais il conserve toujours cette formidable puissance d'évocation. Il donne de la sensualité à Fribourg, de l'épaisseur à la campagne du Poitou, de la poésie aux « mares dans la boue ». Il tente toujours d'exorciser les cauchemars de son enfance, raconte ses nausées de cerises confites sur le gâteau, ses dépressions d'hiver avec des mots d'une justesse et d'une sobriété touchantes. C'est cette apparente fragilité qui fait sa force. Et cependant qu'il parle et qu'il chante, ses musiciens entrent  et sortent de la scène dans un surprenant ballet. Pas deux chansons n'ont la même instrumentation. Et lui reste. Et l'on se rend compte qu'il a beau fouiller tous les univers musicaux, s'entourer d'un véritable orchestre symphonique, Sheller court toujours tout seul.