Rock & Folk N°319
mars 1994

William Sheller : Mes disques à Moi
(par Philippe Manœuvre)

 

"Mes Disques à Moi", le retour. Où, revenu d'Albion, William passe au crible musicologique Beatles, Smiths, Airplane et autres FFF… Pertinent.


Donc, c'est à nouveau cette affaire. "Mes Disques à Moi", l'équipe, à la rescousse. Hein ? Quoi ? Où ? Chez Sheller. William Sheller. A cause de son nouvel album. Albion, incroyable. Une chose invraisemblable, enfin un disque français valable, album à classer entre Aux Armes etc du tandem Gainsbourg-Gainsbarre et Pizza du duo Bashung-Bergman ! Suivez-nous, nous y sommes… Driiing, Driiing !

- "Bon, alors on commence…"
- "Allons-y… Allons-y…"

- "Ce disque rock, on l'attendait depuis…hum… Les Irrésistibles ! [rires] Ça fait 25 ans ! Sheller goes Rock… C'est voulu ?"
- "Oui, en ce sens que c'est la musique que j'aime. Maintenant, je ne prétends rien. Je ne suis pas Noir Dés', hein ! Non, en fait, j'ai rencontré des gens, et on ne s'est pas posés trop de questions. C'est parti, on a laissé le guitariste jouer… C'était pas une ambiance de séances, pas du tout. En fait, au bout d'une semaine d'essai, de tâtonnements, je leur ai dit : "Bon, ben continuez comme ça". J'avais un groupe, dis-donc."

- "Et ça s'entend ! Il va rester en activité ce groupe ?"
- "Il va rester avec moi pour la scène. On va faire certaines télés ensemble… Et puis ils veulent faire Albion en anglais. Sans moi. J'ai pas les racines pour faire vivre l'histoire dans leur langue, eux par contre le chanteront… Tu veux voir mes disques, alors ?"

- "Ben on est là pour ça, non ?"
- "Voilà, c'est là, dans cette pièce…"

- "Donc la chaîne…Petites enceintes TOA, DAT Akaï, ampli Pioneer… Tu joues tes CD's où ?"
- "Là ! Dans mon CD-ROM ! Tiens, tu vois, c'est mon ordinateur qui me joue mes disques".

- "Là, tout de suite, à vue de nez… je vois plein de Beatles. Et à la limite, je n'ai pas besoin de demander si tu es plutôt Beatles ou Stones, mais carrément "plutôt Lennon ou plutôt McCartney" ? Je me trompe ?"
- "Ah…Heu…[dix secondes de réflexion]… J'ai été plus Beatles que Stones, mais tout de même, un disque comme Aftermath, hein, ça tenait debout…Non, ce que je trouvais dommage, c'est que les Beatles avaient toujours un album d'avance. Bon, et Satanic Majesties, par rapport à Sergeant Pepper, c'est pas le même propos [quinze secondes]… Pour en revenir à ta question, j'ai longtemps été fan de Mc Cartney mais après l'album blanc, j'ai viré Lennon. McCartney, il continue à faire toujours la même chose d'ailleurs. Toujours pareil. Loin de tout. Il jette jamais un œil sur la vie, c'est pas très consistant au bout du compte… Et puis il a tendance à se barrer dans de grandes orchestrations sirupeuses. C'est un peu mode, tout ça."

- "Moi quand j'ai acheté My year is a day, que tu avais composé pour Les Irrésistibles, je ne sais pas, j'avais fait l'acquisition d'un sacré bon disque pop français, tout à fait au niveau de ce qui arrivait de Londres. C'était en 67 et je me dis qu'on a un peu perdu, non ?"
- "On a cloisonné. On a fait des petites boîtes. Jazz, rock, reggae, ragga…A l'époque, la pop music, c'était tout ce qui, depuis Elvis Presley, EVOLUAIT. A partir de Satisfaction, ça a commencé à changer. Il y avait d'un côté le hard rock, Hendrix, Cream, Led Zep et puis les autres. Aujourd'hui, ça a abouti à ces magazines très spécialisés que lit mon fils, journaux qui t'expliquent des gammes très compliquées, hypo-atonales où tout le monde se paume, eux compris d'ailleurs …" [rires]

- "Les disques de ta vie c'est quoi ? Ton premier 45 T, par exemple ?"
- "J'ai envie de te dire Elvis, mais en fait c'est Paul Anka. Allez. Je vais pas te bluffer. Paul Anka chantait Diana, j'ai acheté. Eh oui ! Mais Elvis aussi, j'ai acheté son Jailhouse Rock. Je me souviens aussi des Supremes. Ah, le son "Tamla Motown" ! Ah, Diana Ross !"

- "De Paul Anka aux Supremes, il y a une logique symphonique…"
- "Oui, mais moi, à l'époque, j'étais étudiant en musique classique. La tête au carré. Bon, c'était pas le même monde, m'sieur… Un soir, j'ai bien cru voir une apparition des Beatles aux actualités, oh, on a dû voir vingt secondes de From me to you, bon, les Beatles, information, quoi ! Moi à l'époque, j'étais branché musique sérielle, embringué là-dedans et je n'ai eu le flash Beatles qu'avec l'album Hard days night. Ben oui, j'ai pris le train en marche, et je m'en excuse, Help allait sortir un mois après, c'est dire le retard que j'avais…"

- "Arrête ! Beaucoup de gens voudraient avoir vécu ça ! Tu as gardé tes vinyles ?"
- "Oui Monsieur. Et j'ai mon Sergeant Pepper sur Parlophone, ah mais ! Ils sont rangés dans des placards, je n'ai plus de platine vinyle, mais je les garde. Alors je découvre les Beatles et je me dis : "Mais bon sang, l'histoire de la musique, c'est ici qu'elle continue !" "

- "Carrément ?"
- "J'avais quinze ans, j'étais parti pour être musicien, mon père était contrebassiste de jazz, ma grand-mère ouvreuse au Théâtre des Champs-Elysées, je voulais être musicien, ça oui ! Donc en fait, j'ai découvert que tout en se prenant beaucoup moins au sérieux, ces jeunes gens faisaient de la vraie musique contemporaine. Donc j'ai décidé d'y aller. D'aller voir ce qu'il en était".

- "Comment on faisait pour ça ?"
- "Oh, très simplement. Tu fréquentais le Top Ten sur les Champs-Elysées, il y avait des musiciens, des traîne-savates. C'était la vraie vie, quoi. Avec un groupe niçois, les Worst [rires], on s'est mis à chanter dans les bases américaines… C'était assez spécial. Mais au moins là, j'ai vu la musique de l'intérieur. On habitait chez nos parents, cheveux longs, mais chez nos parents. Dés qu'on partait en concert, c'était la galère. J'ai tout vécu. Pipé l'essence des bagnoles du parking après le concert parce qu'il n'y avait plus rien dans le réservoir, puis tu t'entassais à cinq dans une Dauphine, avec les instruments sur les genoux. D'ailleurs, elle démarrait jamais, la Dauphine. Alors on déchargeait tout, on poussait. Et dès que le moteur tournait, hop, on remettait tout le matos sur la galerie et on s'installait pour cent cinquante bornes. Des fois, on arrivait pour découvrir que la boîte était fermée. D'autres fois, on jouait trois sets de quarante-cinq minutes pour cinquante balles par tête de pipe."

- "On dirait que ce sont de très bons souvenirs néanmoins ?"
- "Ah [douze secondes de réflexion], ça apprend la musique, ça ! C'est plus de la théorie, là. On joue. C'est comme quand on écrit tout seul chez soi, on pense égoïstement à une "œuvre", pfff… Alors que là, tu bosses pour des copains, tu leur donnes à bouffer… Il faut qu'ils aient de la matière, des trucs agréables à jouer, quoi…"

- "C'est un peu le principe sur Albion… Tu as été généreux avec tes hommes, je trouve…"
- "Ah oui, ah, non, bien sûr [silence de vingt-deux secondes]. Si tu veux, là, au départ, j'avais dis à Phonogram que tout l'album était écrit, en fait, j'avais trois chansons. [sourire] Sans blague…Non, au bout de quinze jours, je me suis mis à écrire en pensant à mes musiciens, je leur faisais de vagues maquettes en me disant : "Tiens, ils vont aimer ce plan de basse"."

- "Pourquoi des Anglais, en fait ?"
- "Moi j'étais juste l'architecte, il me fallait ensuite l'opinion de différents corps de métier, de gars qui soient vraiment de la partie. Si le bassiste m'expliquait que le plan basse que j'avais prévu sonnait en fait mal avec la batterie, hop, on changeait. Le problème avec les Français, pour ne rien te cacher -j'ai essayé de faire ce disque en France au départ-, c'est que tout le monde, y compris de très bons musiciens, des pointures, ils te jouent exactement ce que tu as écrit. C'est très joli, mais froid. Guitares trop clean, trop propres… Je faisais écouter les maquettes françaises à mes deux gosses, ils aimaient pas du tout."

- "Tes disques de chevet dans les seventies ?"
- "Après la dissolution, je suivais les Beatles séparément, le triple d'Harrison, Les Lennon, mais Led Zep, Hendrix, L'Airplane…"

- "L'Airplane ! C'est incroyable ce qu'ils jouaient faux sur certains disques ! "
- "Ecoute, pas seulement eux ! Prends les Beatles… Mark Wallis m'a fait découvrir un truc de fou. Tu écoutes les disques stéréo des Beatles en mettant la balance à fond sur un seul canal. Lui fait ça. Moi aussi maintenant. Tu vas entendre des trucs sidérants ! Sur Hello Goodbye, il y a des plans de guitare faux, mais FAUX, tu te demandes comment Harrison a laissé passer ça ! Remets la stéréo, tu n'entends plus rien. Impeccable ! Ça passe ! Nous, aujourd'hui en France, on referait la piste, les Anglais, ça ne les gêne pas. Wallis, il bosse à l'ancienne. Il coupe la bande à la lame de rasoir et il scotche…"

- "Bon alors, ces disques des Beatles, je vois Rubber Soul, Revolver, Sergeant Pepper, où sont les autres ?"
- "A l'étage. Chez mon fils. Il me les pique ! C'est lui qui a mon double blanc, honnête !"

- "Ton fils ?"
- "Oui, il a vingt-deux ans, il s'appelle Siegfried. Il a de la chance, il aurait pu s'appeler Tannhauser !"

- "Tu as plein de classique, ouh là, pfou !!! Coffrets Bach, Mozart, Wagner, Strauss… Tiens, trois Midnight Oil, trois !"
- "Oui. J'aimais bien ce qu'ils faisaient. J'aimais ce côté travail sur le son. Chez Midnight Oil, il y a toujours un truc qui t'attire l'oreille, ça fourmille de petits détails qui te tiennent en alerte. Sympa".

- "Ah, un MC Cartney, un Harrison…C'est un rêve d'imaginer un Beatles qui joue sur un de tes disques ?"
- "Non, j'irais pas jusque-là, en plus je suppose qu'il faut dormir devant leur porte pour attirer leur attention, nan…"

- "Art Of Noise ! Un, deux, trois, le "Best of" ! Mais tu les a tous ! Même la compile ! Ah, et juste à côté, Electric Ladyland, de Hendrix, et le nouveau FFF…"
- "J'aime bien FFF. Deux d'entre eux ont fait des playback derrière moi, on a sympathisé en partageant diverses clopes et voilà." [rires]

- "Et ça ? C'est quoi ça, Monsieur Sheller ?"
- "C'est de la musique traditionnelle japonaise. Tu joues ça, ça fait hurler les chiens, fuir les enfants, c'est génial."

- "Je vois des disques des Smith aussi."
- " Oui ? Ça ne s'explique pas. Moi je ne suis pas un rocker. Une fois Johnny m'a demandé de faire le bœuf avec lui, je savais pas. Moi, il faut que je répète un morceau pour le jouer. [Dix secondes de silence] Tout à fait récemment mon fils m'a appris qu'en blues, il y avait automatiquement telle ou telle forme d'enchaînement des accords… Je savais pas ça, moi. Donc moi, si tu veux, le côté construit des chansons des Smith ne me dérange absolument pas. Et puis j'aime bien ces ambiances anglaises un peu glauques. Quand Morrissey chante "Ce serait tellement bon qu'on ait un accident dans ton camion", faut arriver à le chanter, tu trouves pas ?"

- "Après le disque des Smith, il y a un coffret Mahler…"
- "Tout le monde croit que j'aime Mahler… C'est un calvaire !"

- "Juste après, le dernier album de Pigalle ! Eclectique isn't it ? "
- "Ben ouais. François est un fin musicien. Et un très grand bonhomme. Mandoline, vielle, il joue de tout. Ce que j'aime dans les morceaux de Pigalle, c'est qu'il est humain sans tomber dans le démago. C'est bien. C'est très bien."

- "Simple Minds, Noir désir…"
- "Oui. J'aime bien Soyons désinvoltes, ce nouveau catéchisme".

- "Je vois des disques de Magma…"
- "Oui, mais pourquoi pas ? Pour moi, c'est toute une époque, celle du "Camembert électrique". A l'époque, j'habitais chez Karakos, l'homme qui sortait des 33 tours sans le trou au milieu, on vivait avec Higelin, on écoutait Sun Ra, Arshie Shepp…"

- "Lloyd Cole, et ce Guidoni, là ?"
- "Enorme sur scène, plus difficile à expliquer en disque".

- "Et ces Stravinsky, ici, pile énorme, qu'en dire ?"
- "Rien [quatre secondes de silence]. Que c'est mon maître. De Stravinsky, j'ai tout. Le coffret, l'œuvre complète dirigée par lui."

- "Kent ?"
- "J'ai fait ses arrangements, il y a pas longtemps. En douce de Phonogram qui m'engueulait : "Pas question de faire les arrangements pour Kent tant que t'as pas fini ton propre album". Oui, oui…Bien, bien… Mais pendant le week-end, hop, j'ai pris un train pour la Belgique, j'avais préparé les partoches, hop, on a fait la séance de Kent et je suis rentré en Angleterre le lundi, ni vu, ni connu !"

- "Tu te serais drôlement fait disputer s'ils avaient su ?"
- "Ah… [silence de treize secondes] Sûrement."

- "A part ça, ça se passe bien pour toi chez Phonogram, non ?"
- " Très bien…Ce qu'il faut arriver à obtenir [silence de sept secondes], c'est la position [silence de neuf secondes] d'alibi. Ça, je le dis toujours. Il faut devenir le mec qui leur sert d'excuse à faire de la variétoche à côté. Quand ils disent : "Oui, on fait des horreurs, mais regardez, on a Truc", et que Truc, c'est toi, hop, c'est gagné. Faut durer, c'est tout".

- "Pour durer, il faut surprendre, pour surprendre il faut changer. Donc après le barbare Excalibur, voici Albion ! Tu vas te battre ?"
- "Non. Je ne vais pas me déguiser en rocker et me foutre une boucle d'oreille pour aller faire "Taratata" ! Là-dessus, ils ont commencé à me dire : "Ah, si tu mettais des fringues à carreaux pour les télés" (-cf la pochette à carreaux, voir page62 -NDLR). Franchement , là, non… Moi j'ai fait ce disque, je voudrais laisser les gens planer avec, plutôt que de leur faire un vidéo-clip !"

- "Tu es excité par la reformation des Stones, je veux dire, combien de temps vont-ils tenir ces vieillards ?"
- "Mick Jagger va faire l'admiration des gérontologues. Il a toujours l'air frais, même si j'ai l'impression qu'il n'apporte rien de neuf… Mais c'est comme moi. Nous sommes [quatre secondes de réflexion] la génération des vieux Peter Pan. Ben oui. Les gens qui ont cinquante ans maintenant ne les ont pas comme nos parents. Et en même temps, c'est une génération qui ne mérite pas ça, parce qu'on a tout déglingué en 68, et on a fait ça comme des enfants gâtés avec nos chemises à fleur. Depuis, c'est encore plus la guerre au pognon. La mère de mes gosses, elle, a fait l'aller simple : de psychédélique à baba cool et après, chez le pape, direct. Photos de Jésus partout. Mon fils et ma fille sont revenus habiter chez moi. Eux et moi, on parle de tout. On fume des pètes. Y'a pas de problème. Et en même temps, je les vois se demander ce qu'ils vont faire. Eux et leurs copains. Surtout leurs copains. Avoir dix-huit balais aujourd'hui, c'est mortel. Moi, j'aurais [trois secondes de réflexion] la haine des adultes. Je connais peu de gosses qui ont été aimés par leurs parents. Mon fils a un copain, pour son anniversaire, comme cadeau, tous ses pote sont allés chez lui , ils ont foutu son beau-père à la porte à coups de batte de base-ball. Moi, ça me prend… [silence de deux secondes]… c'est monstrueux ! Ça devient n'importe quoi, c'est la merde. Alors on va dire que Albion est pessimiste… C'est la merde qui l'est. Là j'ai jeté un regard. Après tout, il y a des mecs spécialisés dans la gueulante. Lavilliers, il fait ça très bien. Bon. Moi, c'est pas mon plan. Je regarde les choses comme François dans son Bar-tabac de la Rue des Martyrs. Je constate. C'est ce que je partage avec vous. Ce que je vis".

La conversation roule, comme ça, excitante. Et puis Gassian déboule. C'est l'heure…

- "Tu vois quelque chose à ajouter avant que je ne te livre au photographe qui cliquète dans le couloir ?"
- "Non, rien. [silence de trois secondes] Ah, si ! Je me demande parfois ce qu'est devenu Warum Joe. Tu ne sais pas ? Tant pis…"

  Le disque du mois : William Sheller, Albion
(Philips/Phonogram)

(par Philippe Manœuvre)
 



Sheller, de quoi ? Il l'a fait ! Tout seul en Angleterre, avec un gang de voyous rescapés de Bowie (Steve Bolz, guitare), Roxy music et Vibrator (Gary Tibbs, basse), sans parler du batteur David Ruffy qui a joué avec les Waterboys et Prefab Sprout.
Grâce à ce gang, Sheller franchit le Rubicon et donne aux tribus du rock un disque exactement à son image, c'est-à-dire complètement grand, parce que mélodique, mais en même temps prenant tous les risques (eh oui le rock, ça vendouille en France !), sauf que le résultat est là. Très fort. Très grand. Album inspiré qui renoue avec une tradition perdue, oubliée, enfouie. Ah, ils vont être contents les lecteurs amateurs d'Hendrix, de Sergeant Pepper, et autres pièces montées bizarro-psychédélico-crypto King crimsonniennes !
Il pouvait y avoir dans cette affaire d'innombrables pièges béants, des trous larges comme nos flonflons roublards musette, l'homme pouvait sombrer dans des plans variét' repeints de larsens et de feedback (genre Patrick Juvet goes to Nashville), mais pas du tout. Ce mec Sheller ne commet aucune erreur. Non content de laisser ses hommes de main s'exprimer à bon escient (longs solos décapants sur Les Enfants sauvages, On vit tous la même histoire), il préfère larguer toutes les amarres : écoutez sa version comateuse de Excalibur, devenu un grand fracassage que ne renierait pas Black Sabbath d'Ozzie Osbourne ! Ecoutez aussi ces dizaines de petits plans Beatles semés ici où là (Taxman, sur Maintenant tout l'temps, oui, on sait), mais il y a autre chose. Il y a cette férocité aiguisée d'un cerveau brillant, blanc, tendu, un chanteur qui invente des mots ("Silfax"), et qui pose plein de questions sur le monde de 94. Alors, de quoi Sheller ? T'as l'air bien, tu sais !

PS : Il faut que vous fassiez l'expérience de ce disque au casque. Si. Depuis certains trucs de Prince (période Around the world in a day), on n'avait pas entendu un pareil délire tarabiscoté. Voilà des gens qui retrouvent le plaisir de faire swinguer la stéréo de droite à gauche et retour. Et Mister Mark Wallis, le producteur génial (Jeff Beck, Wampas, Talking heads), a construit plein de bifurcations émouvantes qui, à vrai dire, sonnent encore mieux en… analogue ! Donc, à la limite, foncez sur la cassette (oui, je sais, c'est dingue) et expérimentez Albion au walkman. Sacré trip ! Ecoutez un peu Silfax dans ces conditions, et venez me dire que c'est pas le disque du mois.